L'atelier d'écriture a repris et l'exercice portait sur les dialogues. Comme thème, un évènement. Et voici ce que j'ai "pondu":

Toulouse, 21 septembre 2001

10h20. Une explosion.

     Mur du son ?... Fuite de gaz ?...

          Deuxième explosion.

              Attentat ?

                     Silence... Sidération...

S5

L'après-midi, près du site

 - Quel est votre nom monsieur ?
 - Bardou. Étienne Bardou.
 - A quelle heure vous avez embauché ?
 - Comme d'hab' à 8h00.
 - Vous étiez où au moment de l'explosion ?
 - Devant la machine à café, C'était l'heure de la pause.
 - Il y avait du monde avec vous ? Des témoins ?
 - J'étais avec mon pote Rachid.
 - Rachid ?... Rachid comment ?... Il travaille ici depuis longtemps ?... C'est un intérimaire ?...
 - Je le connais depuis toujours.
 - Toujours... Vous êtes amis depuis quand exactement ?
 - Ça fait cinq ans que je suis ici. Lui, je ne sais pas.
 - Donc c'est votre ami. Vous allez souvent chez lui ?... Rachid comment ?
 - Ben Rachid... je ne sais pas !... Ici tout le monde s'appelle par le prénom. Demandez au contremaître !
 - Qu'est-ce qu'il a fait quand ça a explosé, il était surpris ? Il avait l'air content ?
 - Content ?... Content ?... Vous seriez CONTENT, vous, si tout pétait autour de vous ?
 - Vous savez où est Rachid ?
 - Vous avez dit CONTENT monsieur ? Rachid, content ?  Content de perdre son boulot ?... Vous au commissariat, vous deviez être contents : ça vous donne du travail...
 - Calmez-vous monsieur Bardou, vous parlez à un officier de la police judiciaire. Alors ?... Je repose ma question : où est votre ami Rachid ?

Toulouse, 22 septembre 2001, 18h30

Des heures qu'il est au commissariat, il aimerait un café, ou un thé, il voudrait se reposer, il a tout dit mais le commissaire s'acharne, le tutoie, l'appelle par son prénom Je veux bien te croire Rachid mais il y a quand même des questions qui restent sans réponse pourquoi tu portes plusieurs sous-vêtements qu'est-ce que tu faisais dans ce hall avant de prendre ta pause
Rachid pleure maintenant, il est à bout, il avouerait n'importe quoi, mais non, il n'a rien fait, ce n'est pas juste.

Toulouse, 22 septembre 2001, 9h00

Rachid sort du commissariat, libre.

Toulouse, 21 mai 2002
Huit mois après l'explosion.

 - Papa ?... Il faut que je te parle
 - ... Oui ?
 - Il faut que je te dise... J'ai des super-pouvoirs.
 - Bien sûr ! Mais je n'en ai jamais douté : tu es mon fils !
 - Des super-pouvoirs maléfiques...
 - Hou-là ! Assieds-toi et raconte-moi ça.

Toujours logés dans des appartements provisoires en attendant que les assurances s'accordent sur les différents dossiers et la part des responsabilités, Medhi s'approche et vient se blottir contre son père. Tordant son T-shirt du bout des doigts, il confie :

 - C'est moi qui ai fait sauté l'usine.
 - AZF ?!

Medhi hoche la tête

 - Ah bon ?
 - J'étais sur le balcon, dans notre ancien immeuble et je jouais au détective. J'avais pris la loupe que maman utilise quand elle brode. Et j'observais les fourmis. Et puis j'ai posé la loupe. Et puis le soleil a tapé dessus, et puis ça a fait un petit rayon jusqu'à AZF. Et puis, et puis...
 - C'est pour ça que des gens ont cru que des roquettes avaient été tirées depuis le toit de notre immeuble !

Medhi lève la tête et regarde son père, ébaubi.

 - Non, vas-y continue... il y avait un rayon ?
 - Oui, et je trouvais ça joli. Et puis je me suis dit que ça pourrait cramer des trucs, tu vois .... Et puis qu'il y aurait un grand feu, tu vois, et, et puis que des gens courraient partout, tu vois, et puis que... que... Et puis ça a pété papa !... Mais je ne voulais pas ! Moi je disais ça pour de faux ! Comme quand on joue à la guerre...